Quelque vingt jours après avoir été lancée l'opération Infra-Red (International Fugitive Round-up and Arrest...
Mon nom est Hervé Jodoin.
C'était le 4 novembre dernier. Sur Twitter, @Aede lance la phrase suivante (qu'il a ensuite qualifiée d'idiotie...):
Le bal était parti. Les internautes français s'emparent de la formule et se mettent à comparer les États-Unis et la France sous tous les angles possibles. On peut alors lire des tweets comme:
"Aux Etats-Unis ils ont Billy The Kid. En France on a Jacques Chirac"
ou
"Aux Etats Unis ils ont l'iPhone, en France on a le minitel..."
Sous cette même formule, tout y passe. Et il y en a des drôles. Pour compléter le mème, il ne manquait qu'une façon pour identifier le mouvement. Sur Twitter, la meilleure façon d'y arriver est de créer un tag. @Aede propose #pdm (pour pays de merde). La communauté s'approprie ce tag et le mouvement trouve alors un deuxième souffle. Toute la France semble s'y mettre et tout le monde y va de son "Aux États-Unis ils ont..." afublé maintenant du tag #pdm. À ce jour, ce tag, devenu mème, semble toujours populaire...
Selon Wikipedia, un mème c'est:
Un mème (de l'anglais meme ainsi que du français même) est un élément culturel reconnaissable (par exemple : un concept, une habitude, une information, un phénomène, une attitude, etc.), répliqué et transmis par l'imitation du comportement d'un individu par d'autres individus. L'Oxford English Dictionary définit le mème comme « un élément d'une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l'imitation ».
Suivre les mèmes, c'est un peu prendre le pouls de la vitalité culturelle d'une société. C'est la créativité citoyenne qui tourne au viral. C'est la représentation de ce qui fait tripper les gens, un sous-produit de la conscience collective, un mouvement spontané qui émerge quand les gens partagent les mêmes références.
Bref, la présence de mèmes est culturellement significative. Ça se produit quand l'échange d'idées au sein d'un groupe est si vivant qu'il peut se permettre d'y surgir des mouvements populaires innatendus.
Jusqu'à maintenant les mèmes d'origine francophone se sont fait rares. Il y a eu #pdm et c'était spécifique à la France. Il y a aussi cette mode des lipdubs particulièrement populaires au Québec, mais ils se font très souvent sur des chansons en anglais. Puis il y a eu le Star Wars kid, dont la source était aussi d'origine québécoise, mais sa popularité s'est avant tout développée aux États-Unis (et c'était après tout inspiré d'un film américain...). Bref, on peut se questionner sur la richesse de notre culture web francophone, surtout si on compare ça à ce qui se fait en Anglais.
Car le mème en Anglais se porte plutôt bien. Il est majoritairement d'origine américaine, mais transcende les frontières géographiques et souvent même celles de la langue. On se souviendra des lolcats, des flashmobs, du Rickroll ou bien de Kanye West qui a récemment fait un fou de lui dans un gala de l'industrie de la musique.
On s'entend, il ne s'agit pas là de "grande" culture, mais reste que la vitalité du mème en Anglais peut nous amener à réfléchir. Car n'est-ce pas là un signe qu'une culture se porte bien quand les gens échangent entre eux? Et c'est bien la nature même du mème, un échange entre individus, le fruit de toutes ces connexions que l'on établi par l'entremise des réseaux sociaux.
Sur le web, c'est la force du nombre qui créé le terreau fertile pour les mèmes. Il y a même une équation très simple pour comprendre le phénomène: la loi de Metcalfe. Toujours selon Wikipedia:
L’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs.
Selon Internet World Stats il y aurait 478 millions d'internautes anglophones, pour 79 millions de francophones. Si on applique le calcul de Metcalfe on trouve que le réseau des utilisateurs anglos a une utilité de 2.28484 × 1017 alors que le réseau des utilisateurs francos a, lui, une utilité de 6.24100 × 1015. Certes, en soi ces chiffres ne veulent pas dire grand chose. C'est quand on les compare que l'on comprend l'ampleur de la différence. L'utilité de l'internet en anglais serait donc 36,6 fois plus grande que pour l'internet en français, et ce même s'il ne sont que 6 fois plus nombreux. Pas surprenant donc que la culture francophone sur le web n'y soit pas aussi florissante.
Il semble donc que pour que la culture francophone prenne sa place sur le web, et surtout dans la conscience globale, il faudrait faire plus d'efforts. 36 fois plus d'efforts que nos amis anglophones. Un objectif peu réaliste à atteindre. Et ça c'est sans parler des chinois qui rattraperont sûrement les anglos sous peu. Bref, on devient marginaux dans cette nouvelle évolution culturelle et je pense que c'est normal que ça nous agace un peu.
Donc, quoi faire? Je ne sais pas trop... Attendre que les technologies de traduction soient suffisamment avancées pour que la barrière de la langue s'estompe? On y est pas encore et on y croit pas trop avant 10 ou 15 ans. Bref, la solution n'est pas évidente.
En guise de conclusion, je vous laisse sur 2 clips qui vous feront sourire. Le premier est tiré de la série "Know your Meme" et porte sur l'Autotune, un mème qui est apparu récemment dans la musique américaine (en anglais). Le deuxième est québécois et est un hommage à un mème qui transcende la langue: la vanité. J'espère que ça vous inspirera!
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